Rubrique Philosophie

Leibniz et La monadologie

Dans La monadologie, Leibniz pose la monade comme substance ; c’est ce qui est véritablement. Une monade est fondamentalement une : elle est unique, individuelle et c’est cette unicité dans son intériorité qui fait sa réalité effective. Pour autant, une autre composante vient jouer dans la réalisation de soi de la monade comme pure réalité : c’est son rapport à autrui. Une monade est fondamentalement active : elle est en constante évolution, et se tend sans cesse vers les autres monades. Paradoxalement, plus elle se tend vers autrui, et « absorbe » leur être, plus elle renforce son intériorité et devient effectivement réelle. Autrement dit, c’est l’alliance du rapport à autrui et de son unicité fondamentale qui fait la réalité effective de la monade. Toute monade est le miroir de l’univers à partir du point de vue irréductible qui est le sien. Ce socle philosophique permet de justifier la pertinence de l’holacratie. En effet, en holacratie, chaque personne, malgré son interaction constante avec les autres, a son individualité propre, avec l’attribution d’un rôle précis. Chaque individu est le reflet de son individualité propre et de la totalité, car il interagit avec d’autres. Si les individus sont perfectibles, la possibilité de déployer son individualité propre, d’interagir avec autrui, de développer son intériorité, permettra de devenir toujours plus complet, effectif, « parfait », comme le dit Leibniz à propos de la monade. De même que la monade se perfectionne en se tournant vers les autres monades, les individus, en holacratie, se perfectionnent en renforçant leur individualité corrélative de leur interaction avec d’autres individualités.

 

Vaihinger et les fictions utiles 

 

Vaihinger est un philosophe néo-kantien de la deuxième moitié du XIXème. Il est connu pour son concept de fictions utiles qui ont un lien très fort avec l’holacratie.

Vaihinger s’accorde avec Kant pour dire que les choses ne sont pas connaissables en soi, nous n’avons à faire qu’à des manifestations de ces choses, c’est-à-dire des phénomènes. Dès lors, comment nous orienter et prendre des décisions dans un monde éminemment contingent et dans lequel nous avons affaire à une multitude d’informations parfois contradictoires ? Vaihinger explique que pour prendre les meilleures décisions possibles, l’individu doit se forger des fictions utiles. Une fiction n’a rien à voir avec un mythe tiré de l’imaginaire, elle résulte du travail de la raison. Une fiction rationnelle a pour but de mieux organiser la réalité pour pouvoir l’expliquer. Pour Vaihinger, une fiction rationnelle répond à 4 critères : elle est auto-contradictoire, car elle ne vise pas à connaitre les choses en elles-mêmes ( ce qui est impossible pour la posture kantienne ) mais à réfléchir à une situation qui se rapproche qui théorise le réel afin de bâtir des connaissances. ( par exemple, le modèle de monopole et de concurrence parfaite en microéconomie sont des fictions utiles ). La fiction est provisoire, elle peut être remplacée par une autre fiction jugée plus utile ( par exemple, Kant élabore des catégories de l’entendement qui sont des fictions cherchant à catégoriser la réalité et qui remplacent les catégories d’Aristote ). La fiction est consciente, c’est-à-dire qu’à tout moment, l’individu sait exactement quelle fiction il utilise. Enfin, une fiction est intentionnelle, elle a pour objectif de dévoiler des fondements sur lesquels reposent la réalité pour mieux l’appréhender.

Nous pouvons alors constater de très forte similitudes entre la définition de la fiction utile chez Vaihinger et le rôle en holacratie. En effet, tout comme la fiction, le rôle a pour but d’appréhender au mieux la réalité de l’entreprise en décrivant le travail qui est à faire. Un rôle est provisoire, il peut être supprimé au profit d’un autre si ce dernier s’avère être plus efficace. De plus, le rôle est intentionnel, il répond à la raison d’être de l’organisation. Enfin, il est « conscient » en ce sens que les redevabilités du rôle sont clairement définies et l’individu est donc conscient à tout moment des tâches qu’il doit accomplir.

 

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